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Les footballeurs sont-ils trop payés ?

footballeur-trop-payes-a-la-uneOn ne cesse d’entendre que « le footballeur n’est payé qu’à taper dans un ballon », si cela n’est pas fondamentalement faux, on peut s’interroger sur le « qu’à » des plus rabaissant. Selon un sondage M6/Capital, 96% des Français pensent que les footballeurs du championnat de France sont trop payés. En effet le footballeur est le sportif le mieux payé au monde ; les professionnels du football Français tournent autour de 27 000€, et 45 000€ de salaire par mois pour la Ligue 1. Est-ce si énorme ?
Nous allons tenter de comprendre la grande majorité des Français, et tenter de d’expliquer ces salaires mirobolants.

Des sommes record dans un contexte particulier…

Pauvre football
Alors que le salaire moyen des Français culmine à 2800€ par mois, le salaire moyen du footballeur pro en France est dix fois plus élevé. Dans un contexte économique de crise et où 1% de la population mondiale détient 50% des richesses mondiales, s’adonner à ce genre de sondage pour ce genre de sujets ne donne pas forcement les résultats les plus pertinents.
Que l’on soit choqué que Yaya Touré gagne 15 000 fois le salaire moyen Ivoirien ou que Messi empoche 7 500 fois le salaire moyen argentin chaque mois est tout à fait normal, d’un point de vue moral aucun homme ne devrait toucher autant d’argent pendant que dans le même temps certains meurent de faim. Notre société est cruelle, mais le footballeur, lui, vole-t-il cet argent ?
Sûrement pas, mais si cette question se pose, c’est que le métier de footballeur n’a pas de réel impact social, au contraire d’un médecin par exemple, ni ne nécessite de compétences intellectuelles exceptionnelles. Pourtant, comme un patron d’entreprise, l’acteur de cinéma ou la star de la chanson, le footballeur fait partie d’une élite issue d’une sélection très étroite. Il est donc rémunéré à la hauteur de ses compétences exceptionnelles. Le salaire du footballeur, est régi par la seule loi de l’offre et de la demande. Sur la base de performances objectivement mesurables, il peut faire monter les enchères et partir dans un autre club plus rémunérateur s’il le souhaite.

Rêves de millions de gamins, réalité pour peu d’élus…

Rappelons que footballeur est un des métiers les plus concurrentiels au monde, 1200 élus sur combien de prétendants en France ? Des millions, devenus milliers au fil des étapes. Devenir footballeur relève du parcours du combattant, sachant qu’une fois arrivés en centre de formation, à peine 15% de ces apprentis footballeurs connaîtront par la suite les joies du monde professionnel.

Et enfin devenu pro, 1 footballeur sur 5 connaîtra le chômage, en effet, rarement évoqué mais pourtant connu de bien trop de footballeurs. Le taux de chômage dans le monde du ballon rond Français est deux fois plus élevé que dans le monde du travail français, atteignant 19%. Ce qui est d’autant plus regrettable que la carrière d’un footballeur ne dure généralement qu’entre 10 et 15 ans.

Ajoutez à cela, une pression assez importante, conséquence du monde concurrentiel dans lequel ils évoluent : une mauvaise saison, une fin de contrat, et le footballeur peut se retrouver sur le circuit du chômage, tout ceci associé à une pression médiatique et populaire peu évidente à gérer à certains moments (le revers de la médaille). En effet, au moment où j’écris, Matthieu Valbuena vient de subir un chantage à la sextape.
Il ne s’agit pas de s’apitoyer sur les conditions de travail du pauvre petit footballeur et de justifier son salaire par les prétendus difficultés rencontrées dans son métier, loin de là, mais plutôt de remettre en perspective le prétendu métier de rêve que tout le monde envie et qui paraît-il serait si aisé.

De plus, il semble nécessaire d’apporter quelques précisions : tout d’abord, les chiffres relayés dans la presse, c’est-à-dire les salaires des super stars restent très minoritaires dans le foot, les joueurs du PSG ne représentant par exemple qu’à peu près 2,5% des joueurs pro en France. Car si les Français enragent contre les inégalités, le footballeur n’est pas en reste : en effet le plus faible salaire pour un pro est de 2100 € par mois quand le plus élevé est de 1,25 millions d’euros, De ce fait, les économistes Bastien Drut et Richard Duhautois, dans leur livre : « 20 questions improbables sur le foot », ont montré que l’indice de Gini (l’indicateur des inégalités) dans le football était plus élevé que dans nos sociétés en général.
Il faut donc bien savoir de qui on parle lorsque l’on critique ces sommes astronomiques.
Ces salaires ne valent que pour le monde professionnel, soit à peine 1 200 élus pour la L1. Des joueurs qui créent chacun plus de 20 emplois, étant donné que l’économie du foot en France représente plus de 25 000 salariés. Le footballeur aurait-il donc finalement une utilité sociale ?

Des salaires énormes pour des chiffres d’affaires exceptionnels

Comme évoqué précédemment, le footballeur est le sportif le mieux rémunéré en France, il n’y a qu’à voir la comparaison avec les autres sports :
Le footballeur et les autres sportifs en France - Ipaf

Cependant, il est bon de rappeler que La premier League, qui est la ligue de Football dans laquelle les footballeurs sont les mieux payés, n’arrive qu’en quatrième position au niveau du sport mondial, en termes de salaire moyen, largement derrière la NBA, la IPL (cricket Indien) et la MLB.

Lse ligues qui paient le mieux dans le sport

On peut expliquer ces salaires dans les ligues américaines, par le fait que le risque sportif est très limité car ce sont des ligues fermées (sans relégation), ainsi l’investissement est plus attractif et les retombées colossales.

Intéressons-nous aux clubs qui rémunèrent ces joueurs de foot : l’argent ne tombant  pas du ciel, sur quelle base le footballeur est-il payé ?

La masse salariale représente en moyenne pour les clubs 64% du chiffre d’affaire, c’est un pourcentage élevé, mais qui n’est en rien délirant car, selon les secteurs ce ratio tourne habituellement entre 20% et 80%.

Voici la répartition des charges moyennes dans un club de foot pro européen :

Répartition des charges moyenne dans un club de foot pro européen

Rappelons rapidement comment s’enrichissent les clubs dans le monde du football:

Les sources de revenus pour un club de foot

Ainsi comme nous pouvons le voir, il y a 3 types de revenus : Contrats commerciaux comprenant notamment le sponsoring, la billetterie et droits de diffusion.

Il est donc indispensable de noter que chacun d’entre nous, du fan inconditionnel achetant chacun des produits dérivés de son club jusqu’au simple téléspectateur qui regarde seulement la France pendant la coupe du monde, nous contribuons tous à cette économie, et que si le foot représente une si grosse économie c’est qu’il est très populaire, que les stades se remplissent bien malgré les prix des places en constante augmentation et que les droits de diffusion et les contrats de sponsoring explosent à cause (ou grâce à, c’est selon…) des audiences qui sont de notre fait. Le footballeur n’a aucune responsabilité dans cette explosion, du moins pas plus que n’importe lequel d’entre nous, mais il en est surtout le grand bénéficiaire.

Les salaires sont annexés sur la valeur que ce dernier crée pour l’entreprise : le footballeur est l’élément central d’un club de foot, il est ce pourquoi le spectateur regarde les matchs, ce pourquoi il se déplace pour voir les matchs ; il a donc un rôle essentiel dans ces chiffres d’affaires énormes, cela se répercute sur sa paie. Trouverai-t-on juste qu’un travailleur qui génèrerait des millions d’euros pour son entreprise soit mal rémunéré par son patron ? Non bien sûr. Cela existe malheureusement bien trop souvent ; la chance du footballeur est qu’il a un moyen de pression sur son patron : en tant que denrée rare et les clubs payeurs étant nombreux, il peut faire monter les enchères et menacer de quitter le club (une stratégie utilisée maintes et maintes fois), allant même jusqu’au refus de s’entrainer.

Le club de foot… Une entreprise particulière

billetRappelons enfin, que les clubs de football sont des entreprises particulières où le profit n’est pas le but premier. D’ailleurs n’importe quel expert en économie du football déconseillerait d’investir dans un club de foot pour gagner de l’argent ! En effet le résultat sportif est recherché en premier lieu (même si la question se pose désormais pour certains clubs : Monaco pour ne citer que celui-là). Ainsi, pour être le plus compétitif il faut de bons joueurs, pour cela il faut bien les payer puisque le secteur est très compétitif, voila donc pourquoi les salaires des joueurs représentent un aussi gros poste pour les clubs.

En gros, le cercle vertueux/vicieux du football moderne est le suivant : pour gagner des titres ou être compétitif il faut de bons joueurs, pour avoir de bons joueurs il faut de l’argent pour les rémunérer, pour avoir de l’argent il faut gagner des titres ou être compétitif et ainsi de suite. Voila pourquoi l’argent est roi dans le football moderne, et qu’il conduit énormément de clubs européens à l’endettement et à la présentation de bilans catastrophiques. Il serait trop long d’expliquer comment nous en sommes arrivés là.

Les revenus des clubs étant en constante augmentation, les salaires des footballeurs ne sont pas près de diminuer. La premier League qui va voir ses profits exploser a déjà commencé à dépenser plus que de raison. Si vous n’étiez pas très à l’aise avec ces énormes chiffres, il va vous falloir vous habituer à pire !

Le footballeur, lui, n’a rien à se reprocher : il profite de la chance que lui offre son talent si précieux.  Si l’économie du foot continue à croître et à engendrer les dérives que l’on connaît, c’est avant tout un système qu’il faut blâmer : des média jusqu’aux politiques qui donnent au football une importance qu’il n’a pas.  Par moments, symbole de la réussite, de la mixité sociale, avec cette France Black Blanc Beur, puis 12 ans plus tard symbole d’une génération de « caïds immatures terrorisants des gamins apeurés ».

Le football doit rester à sa place et il ne s’en portera que mieux.

Que les 96% de Français qui trouvent les salaires des footballeurs exorbitants se rassurent, selon le cabinet Allemand Schips Finanz, 50% des footballeurs européens finissent fauchés à peine 5 ans après avoir pris leur retraite.

Alexis Ramalingam